Kiem 2050, prototype grandeur nature pour demain
Article paperjam.lu du 3 avril 2026
Et si la ville de demain se construisait dès aujourd’hui? Au Kirchberg, Kiem 2050 incarne cette ambition. Pensé dès l’origine comme un projet collaboratif, il s’impose aujourd’hui comme l’un des développements les plus structurants du paysage urbain luxembourgeois. Rencontre avec ceux qui en parlent le mieux.
Kiem 2050. Derrière ce nom se niche un écosystème complet: les développeurs Immobel et Prefalux Home, mais également des architectes, ingénieurs et paysagistes. Une diversité d’acteurs pensée comme un levier de qualité. «Nous avons travaillé avec Witry & Witry et Search, le paysagiste Areal, les bureaux d’études SGI et Betic, ainsi que l’entreprise CBL», détaille le directeur technique chez Immobel, Alexis Fischer.
«L’idée était d’asseoir autour de la même table ingénieurs, architectes et constructeurs pour développer un projet global innovant en économie circulaire. C’est le moteur et la finalité de Kiem 2050», résume la responsable communication du Fonds Kirchberg, Céline Coubray. Le projet s’inscrit dans une logique d’émulation, impulsée par le Fonds Kirchberg. «Nous opérons d’ailleurs toujours par concours pour obtenir la meilleure qualité possible», ajoute-t-elle.
Le nom du projet est un manifeste. «2050 s’inspire de l’année fixée pour que le Luxembourg soit neutre en carbone», rappelle Céline Coubray. Si l’objectif est ambitieux, la direction est claire: réduire l’empreinte environnementale tout en améliorant le cadre de vie. «Il y a une volonté du gouvernement, mais aussi la nôtre. Les valeurs ESG sont au cœur de toutes nos stratégies», insiste Julie Sacré, senior developer chez Immobel.
Ville du quart d’heure pour tous les usages
Kiem 2050 dépasse la simple logique immobilière. Le projet repense la manière de vivre en ville. «Le point de départ était de se demander comment on vivra au Kirchberg en 2050», explique Julie Sacré. Résultat: un quartier mixte où logements, bureaux, commerces et services cohabitent harmonieusement. «On crée du flux et de l’animation à toute heure, avec tout à proximité.»
Les formats résidentiels suivent cette logique: classique, duplex, coliving ou encore «working and living» afin de proposer des formats adaptés à des profils très différents. Un positionnement qui rend le projet atypique et attractif sur le marché.
Le pari (encore fragile) du vivre-ensemble
Autre axe clé: les espaces pour la communauté comme une réponse directe aux nouveaux modes de vie. «Les premiers liens créés, surtout pour les nouveaux arrivants, s’opèrent avec le voisinage», rappelle Céline Coubray. Buanderies, ateliers, espaces communs: ces lieux permettent aussi de repenser l’espace privé et de ponctuellement «pousser les murs de son logement», précise encore la responsable communication du Fonds Kirchberg.
Cependant, ce modèle encore nouveau et astucieux reste économiquement sensible. «Cela relève d’une organisation relativement facile à mettre en place pour aboutir à un fonctionnement optimal. Cependant, encore faut-il réussir à le valoriser sur le marché», reconnaît Alexis Fischer.
Matériaux et durabilité: construire autrement
En attendant que les mentalités et l’art de vivre s’imprègnent assurément du modèle, Kiem 2050 sert aussi de terrain d’expérimentation technique, notamment autour de la construction et concernant l’utilisation du bois. «C’est une première pour nous, permettant d’explorer des alternatives au béton», renchérit Céline Coubray.
«Au-delà de la technique, une philosophie se dessine, celle de laisser les matériaux utilisés vieillir à leur rythme et sans traitements intempestifs», argumente Alexis Fischer. Le projet intègre également des solutions concrètes, comme la récupération des eaux de pluie, un parc central ouvert au public, une conception paysagère pensée pour durer.
Dans un marché immobilier sous tension, le Fonds Kirchberg a pris une décision forte, celle de racheter les unités invendues pour sécuriser le lancement. Le but est ensuite de remettre les logements sur le marché avec des règles strictes: bail emphytéotique, occupation personnelle, limitation de la spéculation. Objectif: répondre à un besoin réel de logement, dans une logique durable et accessible. «C’est un engagement fort qui illustre une conviction en la viabilité du projet», explique Julie Sacré.
Kiem 2050, laboratoire de l’immo du futur
Au-delà du projet lui-même, Kiem 2050 pourrait faire école. «Le Fonds Kirchberg est convaincu de l’intérêt des espaces partagés et déploie déjà ces principes ailleurs», indique Céline Coubray. Le projet mise aussi sur l’expérience utilisateur, avec des outils digitaux immersifs. Nous mettons par exemple à disposition une maquette 3D permettant d’explorer, de choisir un appartement et de visualiser ses caractéristiques et son prix.»
Kiem 2050 n’est pas seulement un programme immobilier. C’est un test à grande échelle sur l’idée et la réalisation de la ville bas carbone, mais aussi sur les nouveaux usages et sur la capacité du marché à évoluer.
Et peut-être, déjà, un aperçu très concret de ce que sera la ville luxembourgeoise dans 25 ans.